Alimentation & Autisme
- lisargb
- 18 nov. 2018
- 7 min de lecture
Pour la plupart d’entre nous, manger reste une activité habituelle et vitale que nous répétons dans la journée sans réfléchir. Les personnes atteintes de TSA (trouble du spectre autistique) peuvent avoir certaines particularités sensorielles, des comportements restrictifs qui affecteront les habitudes alimentaires, et provoqueront des rigidités alimentaires. Manger devient alors un véritable parcours du combattant pour eux. L’alimentation et l’autisme sont donc étroitement liés. Nous allons nous intéresser plus particulièrement à l’alimentation chez l’enfant autiste.
Quels rapports entretient l’enfant autiste vis-à-vis de la nourriture ?
Dans un premier temps, nous étudierons les différents comportements que peuvent avoir les enfants autistes vis-à-vis de la nourriture, puis nous parlerons des solutions qu’il est possible de mettre en place pour que l’alimentation devienne plus naturelle et plus facile.
1) Les rigidités alimentaires
a) Qu’est-ce que les rigidités alimentaires ?
Il est a noté que les rigidités alimentaires ne sont pas propre à l’autisme, mais qu’elles sont très répandues chez les enfants autistes. Elles se traduisent sous différentes formes : certains refusent de manger des aliments pour diverses raisons comme par exemple l’odeur, la couleur, le goût, la texture, la présentation…Il est question ici de problèmes sensoriels.
D’autres encore refusent de tester de nouveaux aliments qu’ils ne connaissent pas. Ces refus de manger certains aliments peuvent causer des carences, et conduit parfois à une perte de poids ou à une mauvaise croissance. Nous verrons dans la seconde partie, les conséquences que ces rigidités alimentaires peuvent avoir sur la santé. Parfois, ils ne ressentent pas la sensation de faim et ne mangent pas. En fait, ils n’arrivent pas à définir ce qu’est la faim et donc peuvent se laisser mourir de faim. Ils ont donc très rarement faim même s’ils ne mangent pas durant un long moment (les enfants sont parfois surpris d’entendre que les autres doivent absolument manger à ce moment précis).
A l’inverse, ils peuvent n’avoir aucune perception de la sensation de satiété. Ils ont du mal à percevoir quand ils doivent s’arrêter. Ils se fient aux signaux de leur corps, qui se déclenchent très en retard, par rapport aux besoins qu’ils ont réellement. Ils mangent énormément, ce qui peut se traduire par un surpoids, ou des enfants en obésité.
Les rigidités alimentaires n’ont aucun rapport avec des caprices d’enfant. C’est un réel problème chez l’enfant autiste qu’il est souvent difficile à gérer. Ces rigidités peuvent venir de différentes causes.
b) Les causes de rigidités alimentaires
Les causes de ces rigidités sont diverses et changent en fonction des enfants. Il est important de comprendre les causes pour pouvoir trouver certaines solutions qui seront proposées dans la seconde partie. Voici différentes causes de ces rigidités alimentaires :
La peur de goûter, de découvrir de nouvelles saveurs/ de nouveaux aliments.
Les enfants autistes n’aiment pas les choses qui sortent de leurs habitudes, de leur quotidien. Ajouter ou découvrir un nouvel aliment peut alors devenir un vrai problème : nouveau goût, nouvelle couleur, odeur, texture…Il s’agit de quelque chose qu’il ne connaît pas, et l’enfant panique devant l’inconnu. C’est la néophobie : la peur du nouveau.
Les sens
Certains enfants sont hyposensibles et ne ressentent pas la faim, comme dit précédemment, ou encore à l’inverse, la satiété. Ils vont donc manger à n’en plus s’arrêter, jusqu’à ce qu’un adulte leur disent STOP !.
Les enfants hyposensibles peuvent également manger toutes sortes d’aliments allant même parfois manger ce qui n’est pas comestible. A l’inverse, d’autres pourraient se laisser mourir de faim et ne jamais manger. Il y a également ceux qui ont des hypersensibilités face aux odeurs, aux goûts…Ils vont donc manger que ce qui leur plait et vont être très sélectifs (ne manger que ce qui est salé pendant une période). Ils vont aussi être sensilbles à l’aspect de l’aliment (ne manger que des aliments blancs, choisir des pots à étiquettes orange exclusivement…) -
Les praxies bucco-faciales
Difficultés à manger, à mâcher, les enfants autistes trouvent ça long et fatiguant. Ils vont alors accepter uniquement les aliments sous forme liquide. Une rééducation chez l’orthophoniste est conseillée.
La rigidité
Les enfants autistes sont très rigides et veulent que cela se déroulent toujours de la même manière : manger un type d’aliments le soir et un autre type uniquement le midi. C’est pourquoi, il ne faut pas laisser les habitudes prendre place et varier au maximum ce que l’on donne à manger.
Peu importe la raison de la rigidité, le but est d’assurer la croissance en s’adaptant à l’enfant petit à petit. Cela va probablement prendre plusieurs années avant de trouver des façons d’équilibrer ou d’enrichir le menu à partir de nouveaux aliments qui seront acceptés. Mais il faut toujours garder espoir. L’’assiette des enfants autistes a beaucoup plus de chance d’évoluer par la patience et la ruse que par la force ou l’entêtement.
2) Conséquences sur la santé et solutions possibles
a) Les conséquences de ces rigidités alimentaires sur la santé des enfants
Une des première conséquence que peuvent avoir les comportements alimentaires d’enfants autistes est une dégradation générale de la santé. En effet, comme dit précédemment, certains ont du mal à reconnaître la satiété et la faim. Pour cette raison, même s’ils ne s’en rendent pas compte, certains sont victimes d’obésité ou à l’inverse de grande perte de poids. Ils peuvent alors manquer d’énergie, être fatigué, être en carences et ne pas avoir une alimentation assez variée pour avoir une croissance optimale. Les enfants vont également avoir des problèmes de concentration liés à l’alimentation.
De plus, les enfants autistes sont très rigides et ont besoin d’habitudes (manger le même petit-déjeuner, au même moment, de la même manière…). Dès que l’on change des habitudes, ils ressentent de l’anxiété, du stress et sont capables d’entrer en crise.
Il n’y a pas uniquement les conséquences sur la santé, mais une alimentation différente peut aussi avoir des conséquences sur le social. Cela créé des sentiments d’isolement (« je ne mange pas comme les autres enfants », ..) Parfois, lors de repas de famille, on peut aussi se sentir différent, le repas peut mal se passer. Pour l’enfant autiste, il s’agit de gérer tellement de choses qui l’entourent : la salle peut être trop bruyante ; il faut gérer les mouvements des gens, les odeurs différentes (car leur odorat est souvent très puissant). En plus de cela, il s’agit également de gérer quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de manger. Cela demande beaucoup d’efforts que parfois l’enfant autiste ne peut plus gérer car tout cela l’angoisse et créé un stress profond. Il va donc entrer en crise, faire une colère, pleurer… tout ceci pour exprimer ce mal-être.
b) Les solutions possibles
Des moyens simples et concrets existent pour éliminer la frustration et les difficultés à table, tant pour l’enfant que les autres membres de la famille, et ils seront différents pour chaque enfant, d’où l’importance d’un suivi personnalisé.
Les enfants autistes fonctionnent par habitudes, par routine. Il faut donc qu’ils vivent le repas de manière stable (une chose à la fois) : avant le repas, pendant et après. Il faut donc éviter de désorganiser l’enfant à chaque repas (trois repas, une collation à heure précise, ce qui permet à l’enfant de se préparer et rendre l’appétit prévisible).
Il existe également différents moyens pour emmener l’enfant à goûter de nouveaux aliments, et mettre un stop à des mauvaises habitudes en évitant de trop le stresser. Une première idée est de mettre l’aliment concerné devant l’enfant, au centre de la table, afin qu’il puisse l’analyser, constater la texture, l’odeur…On peut lui proposer qu’il goûte l’aliment peu à peu, progressivement. Il ne faut pas le forcer à manger quelque chose qu’il ne souhaite pas et respecter son refus. Il faut penser à féliciter et récompenser l’enfant autisme, car c’est un grand effort pour lui.
Les repas doivent rester agréables, et il ne faut pas être trop exigeant avec l’enfant. Si l’enfant est en cantine scolaire, en groupe ou encore en repas de famille, on peut lui proposer de sortir de table pour s’aérer, respirer. Comme tous les enfants, et non pas que les enfants autistes, rester assis, ne rien faire pendant un long moment est un réel défi. Il faut donc anticiper et limiter le temps des repas. Comme il est parfois hypersensible au niveau du bruit, un casque peut lui être proposé. Cela atténue les bruits extérieurs des gens qui parlent fort. Il s’agit assouplir les règles et lui donner droit à des règles plus souples pour qu’un repas à plusieurs ne devienne pas un cauchemar.
Certains ont créé des plans alimentaires équilibrés quand l’enfant était un peu plus grand et en âge de comprendre. En début de semaine, on établit un plan alimentaire : tous les jours, il sait ce qu’il va manger, il s’y attend. Il n’y a pas de rigidité dans les menus : on essaie de varier les plats pour que le menu d’un jour ne soit pas le même que la veille. Cela se prépare avec l’enfant et cela va lui permettre d’anticiper et de ne plus être anxieux lors des moments de repas. Du coup, on n’aura plus de carences alimentaires, et les problèmes de sous-alimentation ou suralimentation seront évités. Ce type de fonctionnement permettra peu à peu de varier les aliments, d’en essayer de nouveaux.
Cependant, toutes les personnes, les enfants autistes n’ont pas forcément de difficultés quand il s’agit de manger. Chaque personne étant unique, ses défis personnels et ses forces le sont tout autant.
CONCLUSION
Finalement, je tiens à préciser que les comportements alimentaires ne sont pas un mal en soi. Ils le deviennent lorsqu’ils affectent négativement la qualité de vie. Pour moi, la différence comportementale ne doit pas être forcément éliminée, elle doit simplement pouvoir être acceptée et incorporée à une vie équilibrée et épanouissante. Lorsque c’est impossible, cela signifie seulement qu’un travail doit être fait. Il faut pour cela beaucoup de patience, se faire aider par des personnes extérieures… cela n’est ni facile, ni rapide : il faut faire un pas à la fois et par fois recommencer plusieurs fois… mais surtout persévérer.
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